Appel belge
L’accès à un logement digne, abordable et de qualité est un droit fondamental inscrit dans la Constitution belge. À ce titre, un logement n’est pas, et ne devrait jamais être, une marchandise destinée à faire du profit. Pourtant, le logement est encore largement considéré comme un placement judicieux, concentré dans les mains d’acteurs privés. Aujourd’hui en Belgique, des milliers de personnes dorment dans la rue alors que d’autres achètent des logements pour placer leur argent et faire du profit. Des milliers de personnes n’arrivent pas à payer leurs loyers, toujours plus élevés sur le marché privé, et plusieurs dizaines de milliers d’autres attendent un logement social. On n’ose plus compter le nombre de personnes qui vivent dans un logement insalubre, ou trop petit, et celles qui ont peur de ne pas trouver à se loger ou à se reloger dans des conditions décentes. Souvent, nous nous sentons seul·e·s et désarmé·e·s devant les difficultés liées au logement, nous avons honte, et pourtant il s’agit bien là d’un problème collectif.
Nous, une alliance nationale d’associations et de collectifs actifs dans la santé, la lutte contre la pauvreté, le droit à la ville et le droit au logement, nous opposons fermement à accepter le non- et le mal-logement comme une fatalité, et réaffirmons que l’injustice actuelle est bien le résultat de choix politiques et sociétaux.
Alors que se loger coûte de plus en plus cher, nos salaires stagnent. Nous payons donc une part de plus en plus importante de nos revenus pour nous loger. En Belgique comme dans de nombreux pays d’Europe, nous sommes confronté·e·s aux mêmes dynamiques, qui nous appauvrissent, excluent celles et ceux qui n’ont pas assez d’argent. Le manque criant de logement sociaux, les milliers de logements (publics et privés) vides, les politiques visant à attirer les gros investisseurs immobiliers et qui donnent la part belle au logement de luxe et/ou touristique... Tout cela se fait au détriment des habitant·e·s, et en particulier des plus démuni·e·s.
Parmi celles et ceux qui ont le plus de difficultés à trouver un logement, on retrouve les personnes sans chez-soi, les personnes d’origine non-belge ou racisées, femmes – les mères célibataires en particulier... Les personnes sans papiers sont aussi tout particulièrement touchées par le mal-logement. Sans papiers il est tout simplement impossible d’accéder à ses droits et à un logement digne, c’est pourquoi nous exigeons, sans plus attendre, l’adoption de critères clairs, transparents et permanents pour la régularisation des sans-papiers.
Alors que les gouvernements fédéraux et wallons s’appliquent à démanteler les droits sociaux et que Bruxelles attend toujours un gouvernement, le risque de ne plus pouvoir payer son loyer est de plus en plus grand pour de plus en plus de gens. Les coupes budgétaires massives touchent également les services d’aide et le secteur social, qui sont dans l’incapacité de faire leur travail correctement. Dans les conditions actuelles, nous craignons fortement de voir augmenter le nombre d’expulsions et de personnes sans chez soi, et les investissements dans le logement social disparaître.
Le renversement des rapports de force passera par une mobilisation large et solidaire de tou·te·s les habitant·es des villes et villages. Face aux calculs froids des investisseurs, aux placements juteux dans nos espaces de vie, à la vente des villes et villages dans l’intérêt de quelques-un·es, nous nous mobilisons ensemble, solidaires. Le logement est un problème collectif qui nous concerne tou·te·s !
Nos revendications pour 2026
Pas une fatalité
Tout ceci n’est pas une fatalité : la hausse croissante des prix du logement n’est pas un phénomène naturel. Nous comprenons et analysons l’évolution du marché. Les demandes que reprennent les membres de cette mobilisation sont réalistes et si on les met en œuvre, elles seront efficaces.
1- Des logements sociaux en plus grand nombre et partout en région bruxelloise
Il y a seulement 7% de logement sociaux à Bruxelles alors que 50% des habitant.·es sont dans les conditions d’accès. Une grande partie du parc social est insalubre, et manque cruellement de grands logements pour les familles. Élargir le parc de logement social est le seul moyen de loger durablement un plus grand nombre de personnes à un prix qui leur permette de vivre dignement malgré de faibles revenus. C’est un cercle vertueux : plus le parc social est grand, plus il a de chance d’influencer les prix du marché à la baisse, et moins il sera discriminant et jugé négativement par la population. Les locataires doivent être traité·es avec respect par les sociétés de logement social et cogérer de leurs logements avec elles. Par ailleurs, les communes bruxelloises doivent remplir leurs obligations de manière équitable. La lutte pour la préservation des espaces verts, indispensables à une vie digne, ne peut servir à aggraver les inégalités entre les habitant·es plus précaires du croissant pauvre et celles et ceux des communes vertes et cossues de la seconde couronne.
2 – La fin des expulsions
Les expulsions sont un acte inhumain et dégradant. Leurs conséquences sur la santé mentale, la santé physique et la situation économique des personnes se font sentir sur plusieurs années après qu’elles aient eues lieu. En termes humains, sociétaux et financiers, il est bien plus judicieux de mettre tout en œuvre pour éviter les expulsions plutôt que d’en réparer les conséquences.
3 - La baisse des loyers
Il est illusoire de croire que le marché immobilier s’autorégule pour fixer des prix optimaux pour les locataires. Actuellement, le marché privé ne permet pas à toustesqu’à une petite fraction de la population de vivre dignement. Si on n’agit pas sur les loyers, ils vont continuer à augmenter. Sans contrôle collectif, les bailleurs tendent à maximiser la rente qu’ils peuvent tirer des logements. Rappelons que les propriétaires-bailleurs ne représentent que 15% des ménages à Bruxelles… et les locataires plus de 60%!
4 - La fin du sans-chez-soirisme
Un chez-soi où vivre en sécurité pour tout le monde : c'est possible. La gestion actuelle du sans-abrisme et du mal- logement coûte cher, enrichit des acteurs privés peu scrupuleux, et tend à maintenir les personnes dans des situations de domination. Des solutions existent et fonctionnent, comme le système du Housing First : il s’agit d’inverser la logique et de donner avant toute chose un accès inconditionnel au logement aux personnes sans-chez-soi.
5 - La régularisation des personnes sans-papiers
Sur le marché locatif, les personnes sans- papiers sont encore plus exploitées et maltraitées que les autres locataires. L’impossibilité de faire valoir leurs droits alors qu’avoir un logement est une nécessité permet à certains bailleurs d’extorquer des loyers faramineux et de louer des espaces indécents. Ce segment du logement très précaire, très insalubre et cher influence très probablement le segment populaire du marché locatif et participe à tirer vers le haut le prix d’espaces indignes.
Les signataires :
Rassemblement bruxellois pour le droit à l’habitat (RBDH)
Rassemblement Wallon pour le Droit à l’Habitat (RWDH)
Brussel Platform Armoede (BPA)
Fébul
Maison de quartier Bonnevie
Inter-Environnement Bruxelles (IEB)
Rassemblement des Associations de Promotion du Logement (RAPeL)
Soleil du Coeur
UFLED asbl
Habitat-Service
Habitat et Participation asbl
Periferia aisbl
Action Vivre Ensemble
A toi Mon toit
Dominos La Fontaine asbl
Fédération des maisons d’accueil et des services d’aide aux sans-abri (AMA)
Solidarités Nouvelles
DAL Charleroi
DAL Liège
Relais Social Urbain de Tournai
Groupe Partenariat Logement
Vie Féminine
Relais Social Urbain de La Louvière
Les sans nom syndicat des sans-chez-soi Namur
Fédération wallonne de services d’accueil et d’hébergement pour personnes en difficulté sociale (ARCA)
Relais Social Urbain Namurois (RSUN)
Culture et Developpement ASBL
Réseau wallon pour l’accès durable à l’énergie RWADE
ATD Quart Monde
Collectif Logement - Maison de la Solidarité asbl
Mouvement Ouvrier Chrétien
Wuune, syndicat d’habitant.es
BaDALa
Le Syndicat des immenses
Hommes et Patrimoine asbl
DoucheFLUX
Réseau Brabançon pour le Droit au logement
Habitat & Rénovation
Lire et Écrire Bruxelles
Réseau Wallon de Lutte contre la pauvreté
Communa
Union des locataires Marollienne
Rassemblement des Associations de Promotion du Logement (RAPeL)
Association de Promotion du Logement du Miroir Vagabond asbl
Alodgî
Asbl Maison Marie-Louise
Les Equipes Populaires
La Tanière des Tournières
Collectif Halé !
L’Écovillage Pincemaille
Collectif Droit Au Logement pour tous (DAL Tournai)
Les Tournières SCES
Infirmiers de rue asbl
Laïcité Brabant wallon